ILES ALEOUTIENNES
Juin 2003


Quatre kayakistes bretons autour d'Unalaska


" ...Au matin du troisième jour, nous étions engagés dans le passage d'Udagak Strait. De l'autre côté : le Pacifique Nord. C'est là que tout doit se jouer. Ou les Aléoutiennes se montrent fidèles à leur réputation de berceau des vents, ce qui nous obligerait à nous réfugier dans les îles à l'Est. Ou le beau temps persiste et le tour de l'île pourra commencer... "

Aux Aléoutiennes la mer ne gèle pas, les Aléoutes naviguaient toute l'année. A bord de leur fameux kayak esquimau (baptisé Baidarka par les Russes), ces marins exceptionnels parcouraient l'archipel par tous les temps, chassant au harpon, loutres, otaries, phoques et baleines qui assuraient leur subsistance. Ces chasses s'accompagnaient de rites ancestraux et de précautions étonnantes, liés à des croyances mêlant hommes et animaux. Confinés dans leurs îles, les Aléoutes vécurent ainsi jusqu'au 19ème siècle. Encore nombreux lors de la vente de l'Alaska, par les Russes aux Américains, ils ont aujourd'hui pratiquement disparus. Mais leurs fantômes, les kayakistes bretons en étaient sûrs, naviguaient encore autour des îles...

Partis le 7 juin de l'aéroport de Roissy (France), nous étions accueillis le lendemain midi à Dutch Harbor, par Jeff Hancock, qui organise des randonnées aux Aléoutiennes. C'est Jeff qui a réceptionné notre matériel d'expédition arrivé quelques jours avant nous. Dutch Harbor sur Unalaska est la seule ville des Aléoutiennes. Ses 4000 habitants vivent essentiellement de la pêche et notamment l'hiver de la pêche au king crabe. Coup d'œil à la ville, à l'architecture typique des villes Nord- américaines. Une église orthodoxe près de chez Jeff, des aigles à tête blanche (pygargue) dans les rues...

Nous montons nos kayaks sous la pluie, histoire de se mettre en condition. Une fois nos kayaks chargés nous quittons au plus vite cet environnement urbain.
Nous voulons faire le tour d'Unalaska en démarrant par la cote Sud, en démarrant par le Pacifique.

Premier contact avec les loutres, elles seront nos compagnes de tous les jours. Voilà, nous pagayons aux Aléoutiennes. Bivouac à Constantine Bay, après une navigation sans vent et par mer d'huile.

Au réveil le lendemain, une baleine vient nous saluer à près d'un mille de la côte. Petit déjeuner rapide et nous partons. Quelques lions de mer s'ébattent à distance dans l'eau. Sur l'eau et dans l'air, nous sommes frappés par le nombre impressionnant de macareux, que nous connaissons bien en Bretagne.

Ici tout est démesuré. La taille des oiseaux, les distances, des algues (le kelp). Dans les bancs de kelp, partout des loutres, les mères nageant sur le dos avec leur petit agrippé sur le ventre... Nous sommes conquis.

Le rythme est pris très vite : arrêt déjeuner d'un quart d'heure, avec une soupe on un plat déshydraté, bivouac vers 5 ou 6 heures le soir, selon la fatigue et la configuration du terrain d'accueil. A cette période de l'année la nuit tombe vers minuit, voire plus tard selon la luminosité.

Après une traversée sans problème de Beaver Inlet et le passage d'Udagak Strait, nous débouchons dans le Pacifique Nord, le 11 juin vers midi. A la sortie de la passe, nous éprouvons une intense émotion : le Pacifique c'est grand et fort et nous savons qu'il faut s'en méfier.

Comme pour nous le prouver, deux jours après, un vent de 37 nœuds constant, nous cloue un jour et demi au bivouac de Riding Cove. L'occasion d'apercevoir au loin les vaches de l'unique ranch d'Unalaska. Pas un être humain en vue. Et, à part les loutres, et quelques phoques, qui émergent ça et là les renards polaires à terre, il semble y avoir moins d'animaux sur cette côte qu'en mer de Béring. Nous repartons le dimanche vers 13heures, pour être de nouveau bloqués par le vent le jour suivant à Garzgole Island.

On rencontre un troupeau de lions de mer le lendemain sur les rochers devant Cap Izigan. Nous les approchons. Les mâles sont impressionnants. La colonie finit par plonger, et nous suit de loin.

Umnak Pass : le Pacifique est derrière nous, mais l'entrée en mer de Béring se fait par mer formée, à déconseiller aux débutants, suivi d'un fort courant portant qui nous emmène au bivouac de Boulder Bay. Le paysage change. Les falaises sont moins hautes, moins découpées, les grèves de sables noires abondent. Partout du bois flotté, surtout du red cedar qui alimente des barbecues de luxe chaque soir. Partout aussi des bouées de casiers, échouées par milliers.

Les jours suivant, nous remontons vers Dutch Harbor, par étapes quotidiennes de 20 à 25 milles. Il y a des animaux partout, loutres, phoques, de temps en temps des dauphins passent, indifférents à nos kayaks. Les otaries sont les plus curieuses, venant jusqu'à toucher sous l'eau la coque des kayaks.

Deux semaines après le départ le samedi 21 juin nous bouclons le tour de l'île d'Unalaska. Ravitaillement au supermarché de Dutch Harbor... Nous sommes allés vite, nous avons eu de la chance, les conditions météo nous étaient favorables, les vents généralement portants.

Nous décidons de partir dans les îles de l'Est pour les 10 jours de navigation qu'ils nous restent. Le dimanche soir, nous retrouvons notre premier bivouac de Constantine Bay. Un déluge de pluie ininterrompu, de la brume et du vent jusqu'à 52 nœuds, nous ramènent pendant deux jours aux réalités climatiques locales.... On attend...

Les jours qui suivent nous naviguons autour de Sedanka. Un petit paradis pour kayakistes. C'est là que nous avons ressenti ce que pouvaient éprouver les Aléoutes, avant la colonisation, hommes libres, passant d'une île à l'autre, utilisant les courants, dans cet autre monde fantastique.

Le 4 juillet, bivouac à Captain's bay tout près de Dutch Harbor. C'est Independance Day, Jeff vient nous prendre en bateau moteur, pour admirer le feu d'artifice du milieu de la baie... C'est une des dernières images que nous emporterons des îles aléoutiennes, de notre périple de plus de 400 milles


Fiche technique

Kayaks : kayak 2 places Marque Valley (UK) modèle Aleut Sea II, démontable en 2 parties

Tentes : marque North Face

Réchaud marque MSR modèle Dragonfly.

Téléphone satellite alimenté par panneau solaire

Participants

Laurence HERISSARD
Jean-Louis SIMON
Charles FRESNEL
Christian SCALBERT

Contact

Christian SCALBERT
BINIC KAYAK de MER (France)
02 96 38 63 31
06 98 74 42 31
http://perso.wanadoo.fr/dh.bkm
christian.scalbert@wanadoo.fr


Photos

 


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Dernière mise à jour 12/01/04
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